On ne joue pas avec la nourriture (enfin pas trop)

Dernièrement, je me suis mise à faire mumuse avec de la teinture. pour de la laine. mais pas n’importe quelle teinture: de la teinture alimentaire.

Pourquoi la teinture? Parce que sur internet tu peux trouver des milliers de laines teintes main du plus bel effet. Parce que l’essai « bar à teindre » m’avait bien plu et avait abouti à de bien belles choses.

bar à teindre c'est moi qui ai choisi la couleur!

Parce que le cours de teinture naturelle de The Mulberry Dyer au festival Le Lot et la laine était passionnant.

14 juillet 2011 cours de teinture de the mulberry dyer

Et aussi parce que j’ai acheté mon fuseau dans un kit filage+teinture, avec un fuseau, donc, mais aussi de la laine blanche à filer et, forcément, à teindre… la laine blanche appelle la teinture, c’est comme ça.

mérinos à teindre et filer 21 juillet 2011

Pourquoi alimentaire? parce que c’est rigolo, parce que tu peux trouver les ingrédients assez facilement autour de toi, parce que c’est plus facile qu’une teinture naturelle non alimentaire (dont l’alchimie est plus compliquée à trouver) et surtout parce que c’est moins risqué que la teinture chimique! La teinture chimique, non seulement ce sont assez souvent des produits toxiques, à manipuler avec précaution, mais en plus, t’as pas le choix, tu dois utiliser des instruments et contenants dédiés spécifiquement à ta teinture – hors de question de réutiliser une casserole pour y faire des pâtes!
alors que la teinture alimentaire… au pire tu as des pâtes un peu roses la fois suffisante. ce qui pourrait, ma foi, être assez rigolo, au final, non?
bref.
donc.
j’ai commencé gentiment.

avec du café.

C’est assez simple, on peut utiliser le marc du dernier café, ou bien un reste de café qu’un collègue a préparé en quantités astronomiques 2h avant le week-end et qui serait donc jeté dès le lundi matin pour cause de désamour du café froid et vieux de 3 jours.

Alors qu’un café froid, vieux de 2 jours, c’est parfait pour la teinture! et c’est moins gâcher que jeter.

Voici, en images s’il vous plaît, la manière dont je m’y suis prise :

1. La préparation de la laine

teinturecafé1

NB: pour la laine, on peut utiliser, au choix, de la laine déjà filée ou de la laine à filer. perso c’était de la laine à filer. au niveau couleur, je conseillerais de la laine blanche ou écrue, parce que le café n’est pas une teinture très foncée.

Il faut, de préférence, utiliser de la laine 100% laine, de mouton, de chèvre, de lapin, d’alpaca, etc. Le français ne différenciant pas la matière laine et le fil à tricoter, vous m’excuserez pour cette expression qui paraît un peu tautologique, mais il faut donc préférer de la laine d’animal.

C’est la fibre animale qui prend le mieux la teinture ; la fibre végétale peut aussi se teindre, mais c’est plus difficile ; la fibre synthétique ou artificielle, alors là je ne suis même pas sûre qu’on puisse la teindre sans sortir la grosse artillerie chimique! Je pose un joker sur la fibre type viscose, à base de végétaux mais avec transformation chimique à la clé – aucune idée si une teinture prendrait là-dessus.

Si la laine animale est mélangée avec autre chose (fibre végétale, fibre synthétique), la teinture prendra, mais, forcément, dans les proportions de sa composition (gosso modo, une laine à 50% animal sera 50% plus claire qu’une laine à 100% – dans des conditions de réalisation équivalentes, bien sûr).

Autant que je sache, pour les amateurs, la soie se teint comme une laine d’animal : hé oui, c’est de la laine de papillon! (dit comme ça, c’est teeeeellement poétique!)

NB 2 : Il est très important, tout au long de la teinture, de manipuler la laine avec précaution : pas de choc thermique, pas de frottage intempestif ni malaxage malvenu, encore moins tout ça à la fois ; c’est pour ça que le liquide dans lequel vous plongez avec précaution la laine doit être à température ambiante ou tout juste tiédasse. Le risque est, sinon, de feutrer la laine irrémédiablement. C’est encore plus vrai si vous utilisez de la laine à filer, qui pourrait devenir de la laine impossible à filer (on peut rattraper une laine à filer si elle est juste un peu feutrée, mais c’est tout de même relou, mieux vaut être un peu délicat lors de la teinture, vraiment). Quant à la laine à tricoter, vous pourriez aussi vous retrouver avec un infâme blob de fils reliés entre eux par des bouts de feutre – un cauchemar, je ne veux même pas y penser! bouh!

bref, faisez gaffe.

Le plus compliqué c’est sans doute l’essorage : il ne faut pas tordre la laine, mais juste la presser délicatement pour en extraire l’eau – bon c’est pas non plus d’une difficulté extrême, hein! ça demande juste de ne pas être trop bourrin, en fait.

NB 3 : Contrairement à d’autres teintures (même alimentaires), avec le café, pas besoin de mordancer la laine (étape qui permet « d’ouvrir » la fibre pour qu’elle puisse absorber la teinture), je vous laisserai faire l’expérience vous même, les taches de café, c’est coriace! Teindre avec du café, c’est comme se faire une tache, mais intentionnellement.

Je suis décidément d’un lyrisme absolument renversant aujourd’hui.

2. La teinture proprement dite

teinturecafé2
teinturecafé3

Enfin si vous n’avez pas de brûleur à gaz, ça marche aussi, ne vous inquiétez pas!
L’eau doit être tout juste frémissante, sans bouillir.
Au niveau de la durée, je conseillerais une heure minimum et après, c’est comme vous le sentez, a priori plus on laisse longtemps plus ça va prendre la couleur, mais au bout d’un moment la laine sature. Quant à savoir quand elle sature… je n’en ai aucune idée! De mon côté je l’ai fait parfaitement au pifomètre (soit 1h1/2).

3. Le séchage

Après avoir laissé refroidir le tout jusqu’à un niveau tiédasse acceptable (cf. NB2 ci-dessus, pour les petits filous qui ne lisent pas tout) :

teinturecafé4

Je conseillerais d’ajouter aussi une bassine sous le tancarville (mais j’avais la flemme de la dessiner), parce que même essorée, la laine dégouline quelque peu…

3. Le résultat

laine à filer teinte au café

oh! aaaah!!
un joli brun doré du plus bel effet!

4. En option, si vous n’aviez pas de café liquide, mais du marc de café, voici ce qu’il est conseillé de faire:

teinturecaféoption

Reprendre à l’étape 1., ou 2. si vous aviez pensé à préparer votre laine en même temps comme la personne prévoyante que vous êtes.

Je n’ai pas testé cette option, mais ça paraît assez logique (ça ne sort pas de ma petite tête, je précise, mais d’une conversation sur la teinture sur un forum de teinture naturelle de ravelry – caution scientifique s’il en est!).

5. Option 2 : le thé!
En gros, c’est comme le café, mais il faut remplacer le mot « café » par « thé » et « marc de café » par « sachets de thé lipt*n yell*w achetés par un collègue mais que jamais au grand jamais personne n’en boit au boulot parce que c’est pas booooon, alors pourquoi ne pas l’utiliser à meilleur escient? ».
A savoir: le thé noir teint mieux que le vert, plus vous mettez de thé, plus ça teint – j’ai utilisé 3 sachets de thé pour 40g de laine.

Le résultat est assez semblable au café:

laine à filer teinte au thé

D’ailleurs quand on les met l’une à côté de l’autre, bien malin qui voit la différence :

laine à filer - café et thé

En vrai, il y a une différence, la couleur thé est moins dorée, légèrement plus caramel, mais ça reste dans les mêmes tons.

6. La conclusion

Cette première tentative de teinture alimentaire s’est révélée couronnée de succès, je suis très contente de ma laine! Reste plus qu’à la filer…

Prochain épisode: la teinture au kool-aid.
quelques photos teasers…

laine à filer et à teindre au kool-aid kool-aid